Messe du 15 août 2020 à Sermizelles
C’est avec une profonde émotion que j’ai constaté aujourd’hui l’avancement des travaux de restauration de la chapelle Notre-Dame d’Orient, désormais protégée au titre des Monuments historiques.
En tant que membre fondateur de l’Association Notre-Dame d’Orient, créée en 2005, je mesure le chemin parcouru. Lorsque nous avons lancé cette association, notre volonté était de sauver ce lieu emblématique, haut lieu de pèlerinage et de mémoire, auquel tant de personnes sont attachées. Notre objectif était de préserver ce patrimoine exceptionnel et de le transmettre dans les meilleures conditions aux générations futures.
Voir aujourd’hui cette restauration se concrétiser est une immense satisfaction. Elle est le fruit d’un engagement collectif, de la persévérance de nombreux bénévoles, du soutien des collectivités et des institutions, ainsi que du travail remarquable de tous les professionnels mobilisés.
Je souhaite exprimer ma profonde gratitude :
J’adresse également une pensée reconnaissante à toutes les personnes qui, depuis plus de vingt ans, ont accompagné cette aventure : les membres de l’association, les bénévoles, les donateurs, les élus, les partenaires et tous ceux qui ont cru en la renaissance de Notre-Dame d’Orient.
Grâce à l’engagement de chacun, cette chapelle continuera d’accueillir pèlerins, visiteurs et amoureux du patrimoine dans un cadre préservé, fidèle à son histoire et à sa vocation.
Cette restauration démontre qu’avec de la volonté, de la persévérance et un engagement collectif, il est possible de sauver les témoins les plus précieux de notre histoire.
Préserver Notre-Dame d’Orient, c’est transmettre aux générations futures une part de notre patrimoine, de notre mémoire et de notre identité.
Notre Dame d’Orient est en travaux depuis un mois. Deux autres tranches doivent suivre. Découvrez l'histoire de ce lieu, qui relève du miracle.
À l'origine c'est une tour construite par des soldats
La cause de la construction du lieu, est un quasi-miracle, relate Thérèse Berthoux, présidente de l’association :
"La tour Malakoff a été érigée en 1858 par des soldats partis des villages alentour à la guerre de Crimée [1853-1856, N.D.L.R.] et qui sont tous revenus vivants" THÉRÈSE BERTHOUX (association Notre Dame d'Orient)
Combien étaient-ils ? La mémoire locale l’a oublié ; mais la pancarte apposée sur la tour précise : "Elle porte le nom d’une des tours de défense de la ville de Sébastopol […]. Afin de rendre grâce à notre dame d’Orient qui les avait ainsi préservés, l’architecte J.B Mathieu fut chargé de construire l’oratoire". Cet oratoire, une tour de 8,5 mètres de haut, surmontée d’une vierge colossale de 2,50 mètres, devient l’objet de pèlerinages et d’offices religieux réguliers. Beaucoup trop réguliers pour que l’édifice soit suffisant.
Alors, un siècle plus tard, le curé de Sermizelles et le maire de l’époque décident la construction d’une chapelle. L’édifice, de style moderne, réalisé par le maître verrier et sculpteur Marc Hénard est béni le 3 juin 1958. "C’est un monument qui a été très fréquenté, puis laissé un peu à l’abandon et ensuite vandalisé et pillé", relate Franck Moinard, maire de la commune. Des œuvres d’art de Marc Hénard notamment ont disparu. "On a récupéré les statues qui sont en bas à l’église", précise Thérèse Berthoux. Une copie de la vierge monumentale de l’église notamment est ressortie lors des processions.
Tout le mobilier de l'église a été enlevé pour éviter qu'il soit volé, y compris une vierge monumentale qui était fixée derrière l'autel.
Une association a été créée en 2005 pour la rénover
En 2005, l’association Notre Dame d’Orient, pour la sauvegarde et l’entretien du patrimoine est créée. "L’association s’occupait des dalles devant, de lasurer les portes, de l’entretien courant", continue Thérèse Berthoux. Mais l’édifice avait besoin de travaux plus amples, notamment au niveau de la toiture qui doit être entièrement refaite. C’est cette phase qui a commencé en septembre 2021 et qui doit durer jusqu’à la fin de l’année. Coût total du chantier : 156.000 euros, financés à 40 % par l’État, à 20 % par le conseil régional ; le reste étant pris en charge en partie par l’association, par le diocèse et la Fondation du patrimoine.
La mairie a fait refaire le chemin d’accès à l’édifice, impraticable en voiture jusqu’alors. Ce chantier a coûté 60.000 euros, financés à 90 % par des fonds européens. Mais surtout, elle compte bien sécuriser ce lieu qui est aussi beaucoup visité l’été.
L’église a été classée en 2010. "Depuis on se bat pour aller chercher les aides", souligne Thérèse Berthoux. Celles pour cette tranche de travaux sont assurées.
Le lieu est régulièrement vandalisé
Deux autres tranches de travaux doivent être réalisées : "Le reste, c’est de l’esthétique, de la déco", continue Franck Moinard. "Ils ont cassé les chandeliers, les vitraux". Les poteaux doivent être aussi repris.
"Quand il y a des camping-cars, même si c’est interdit, il n’y a jamais un papier ou quoi que ce soit et cela empêche les dégradations". Car le lieu sert aussi de rodéo sauvage, se désole Franck Moinard
"Il y a des gens qui ont fait du feu à l’intérieur, d’autres qui sont rentrés en voiture, en moto dedans. On ne ferme pas les portes sinon ils cassent les serrures…"
FRANCK MOINARD (Maire de Sermizelles)
La suite des travaux visera donc aussi à régler ce problème.
Myriam Déborbe
myriam.deborbe@centrefrance.com
Par : JEAN-MARIE CLAUSTRE architecte et urbaniste en chef de l'État
Photographies de : TRISTAN DESCHAMPS
Date de publication : 09/01/2020
Temps de lecture : 10 minute(s)
Depuis la vallée de la Cure, on ne voit que la tour dominant Sermizelles et la Vierge veillant sur le village. Là, un panneau indique Notre-Dame d’Orient. Le chemin mène à une clairière où l’on découvre la modeste chapelle imaginée par Marc Hénard. Un lieu à l’histoire émouvante, plein de lumière et de sérénité.
CONTRE L’OUBLI
Le pèlerinage tomba peu à peu dans l’oubli. La disparition progressive des témoins y joua certainement son rôle, mais le vent de l’histoire aussi : la révolution industrielle, attirant la main-d’œuvre vers les grandes villes, les querelles, ravivées en 1905 par la séparation des Églises et de l’État, entre un pouvoir républicain laïc et un clergé encore influent, et les guerres, aussi, trop cruelles, beaucoup plus proches… Comme beaucoup d’autres villages, Sermizelles ne fut pas épargné par la Grande Guerre, ni par les cruautés de l’occupation allemande pendant le second conflit mondial… À la Libération, le mouvement des ateliers l’Art sacré, né dans l’entre-deux-guerres autour du peintre Georges Desvallières, reprend vie avec plus de vigueur encore, nourri par l’espoir d’une paix durable dans une réconciliation universelle.
DIALOGUE AVEC LA MATIÈRE
Marc Hénard, qui avait étudié la sculpture et l’architecture à l’École des beaux-arts de Paris, fut grièvement blessé à un pied dans les combats de 1940. À la fin du conflit, attiré par le cubisme, il devint l’élève du théoricien Albert Gleizes, dont l’enseignement le dirigea vers l’abstraction, la sculpture moderne et l’art sacré. En 1949, une rencontre avec un moine de la Pierre-qui-Vire lui fait connaître cette abbaye dont on réaménage alors les bâtiments. Il y séjourne trois ans, réalisant un autel, puis d’autres travaux importants, dont l’impressionnant tympan de la porterie, avant d’installer son atelier tout près de là, à Saint-Léger-Vauban. À cet adepte de la taille directe le Morvan fournit la pierre et le bois qu’il aime travailler au ciseau, pour mettre en œuvre sa conception d’un art rude dont l’esprit et l’inspiration rejoignent la tradition des arts primitifs. Il travaille aussi le métal, forgé ou martelé, mais jamais par coulage. C’est surtout l’aboutissement de l’art roman dans l’usage du symbole qui restera pour lui un modèle dont il s’inspire souvent dans ses créations.
LA FOI DES BÂTISSEURS
La conception et la réalisation de la chapelle de Notre-Dame d’Orient seront pour lui l’occasion d’exprimer totalement ses talents d’artiste complet. Tour à tour et simultanément architecte, sculpteur, ferronnier et verrier, il conçoit l’ensemble de la construction jusqu’à ses ornements. Pourtant, l’entreprise dans laquelle l’abbé Henri Blanc l’a entraîné s’avère difficile, car le prêtre doit défendre son projet avec acharnement pour convaincre les autorités diocésaines qui goûtent modérément cette initiative isolée. Opiniâtre et enthousiaste, le jeune desservant n’hésite pas à qualifier la future chapelle de « Ronchamp de l’Yonne », en référence à Notre-Dame-du-Haut, réalisée par Le Corbusier à la même époque.
UNE CHAPELLE MODESTE
Avec très peu de moyens, Marc Hénard a réalisé un édifice tout simple, dont le plan en trapèze est tourné vers Vézelay. À l’intérieur de la chapelle, le regard est capté par l’autel, qui se détache à contre-jour de la verticale du chœur, au parement illuminé par les verrières en retrait. Deux grands vitraux, quelques percements carrés répartis sur les murs et une fente en attique complètent l’éclairage naturel qui donne au reste de la nef une pénombre colorée, douce et chaleureuse. À l’extérieur, une grande vasque recueille les eaux du toit, tandis qu’un autel est dressé au revers du chœur, surmonté d’un Christ sans croix d’une expression saisissante : c’est la seule grande sculpture de la chapelle restée en place.
SAUVER ET PRÉSERVER
Une fois de plus, les pèlerinages cesseront, après le départ de l’abbé Blanc. Vandalisée à plusieurs reprises, la chapelle sera dépouillée de ses statues que des bénévoles de la première heure récupéreront in extremis pour les mettre en sécurité. L’autel garde la trace du scellement des chandeliers, sciés pour être emportés : ils ont disparu. À la fin des années 1980, Notre- Dame d’Orient offre le spectacle désolé d’un lieu à l’abandon. Pour sauver la chapelle, il faut alors régler la question de la propriété du terrain, possession d’une paroissienne qui n’en a cédé que l’usage, car seul le bâti appartient au diocèse. Pour sensibiliser l’association diocésaine de Sens au rachat du terrain afin de préserver l’édifice et l’entretenir, un petit reportage photographique est réalisé en 1992.

Messe suivie d’un vin d’honneur
samedi 15 août 2020 à 10h00
Dans le respect des gestes barrières et port du masque obligatoire.
Petit mot trouvé ce jour dans le présentoir situé à l'intérieur de la Chapelle.
